Le jour où la Méditerrannée s’est vidangée dans la Mer Noire : a l’origine du mythe du Déluge ?

A la fin de la dernière ère glaciaire, il y a environ dix mille ans, la Mer Noire n’existait pas sous sa forme actuelle. A sa place se trouvait un très grand lac d’eau douce, le lac Pontique, entouré de plaines fertiles arrosées par le Danube et quelques autres grands fleuves. Sur les rives de ce lac s’étaient établies des peuples d’agriculteurs éleveurs du néolithique aux cultures déjà avancées, attirés par des conditions climatiques favorables et des ressources naturelles abondantes.

Une bonne partie de l'hémisphère Nord était alors écrasée sous 50 millions de kilomètres cubes de glace. Une énorme calotte glaciaire, un inlandsis, recouvrait la Scandinavie et la Finlande. Elle culminait à plus de 3 000 mètres d'altitude et s'étendait aussi sur l'Écosse, sur une partie de l'Angleterre et de l'Irlande, et sur la mer du Nord. La déglaciation s'est amorcée lentement, il y a 18 000 ans, l'inlandsis scandinave finissant par disparaître il y a environ 8 000 ans.

Au fur et à mesure que fondaient les glaciers des pôles, le niveau global des océans remontait inexorablement sur toute la planète. Mais pas celui du lac Pontique, qui se trouvait séparé de la Mer Méditerranée par un barrage naturel, un isthme reliant alors la Grèce à la Turquie, à l’endroit où l’on trouve aujourd’hui le détroit du Bosphore et la mégapole d’Istanbul.

Il y a 7500 ans, le lac Pontique se trouvait donc 150 mètres plus bas que le niveau de la Méditerranée. C’est alors qu’un intense séisme ébranla le barrage naturel qui séparait le lac de la mer. Celui-ci céda, créant le détroit du Bosphore au niveau d’Istanbul ainsi qu’une cataracte gigantesque d’eau salée, deux cents fois plus puissante que celle du Niagara, qui entreprit de recouvrir les eaux douces du lac Pontique.

Le niveau de l’eau s’éleva chaque jour de 15 cm, submergeant les rivages, tandis que l’inondation progressait de toutes parts à raison de dix kilomètres par semaine, dans un grondement assourdissant audible à 100 km à la ronde. La catastrophe força les populations installées sur les côtes à fuir, abandonnant derrière eux leurs villages prenant l’eau face à un horizon marin couvert de poissons morts.

En quelques mois, le niveau des eaux monta de 150 mètres, tuant tous les poissons du lac et jetant dans l’exode des milliers de réfugiés. Les exilés s’enfuirent soit vers l’ouest le long de la vallée du Danube, soit vers l’est au pied du Caucase. D’autres traversèrent les montagnes du Taurus au sud et trouvèrent le salut au-delà, dans les plaines de Mésopotamie.

Tous emportaient avec eux deux choses primordiales : leur langue, l’indo-européen, et le souvenir d’un terrible Déluge qui devint rapidement un mythe fondateur pour nombre de peuples. Mythe qui a été transmis oralement durant une centaine de générations avant d’être un jour gravé dans l’argile par les Sumériens, sous la forme d’un roman comptant les aventures du roi Gilgamesh et celles du prince Ziusudra, survivant d’un grand Déluge universel. Aujourd’hui, la question que se posent historiens et archéologues est de savoir si ces vieux textes sumériens se fondent bien sur l’apparition cataclysmique de la Mer Noire, ou plus prosaïquement sur les innombrables inondations du fleuve Euphrate. Seule certitude, c’est ce récit sumérien épique qui sera copié, quarante générations plus tard, par les Hébreux durant leur déportation à Babylone, pour être adapté dans la Bible en cours de rédaction. Ziusudra deviendra alors Noé sous la plume des inventeurs de la toute nouvelle religion….

Quant à la Mer Noire désormais reliée à la Méditerranée et par là même à tous les océans du monde, elle n’en demeure pas moins une mer particulière : la mort rapide de toutes les créatures et plantes du lac primitif a provoqué une séparation des eaux profondes et des eaux superficielles et la salinité est restée très en dessous de la moyenne mondiale : 12 à 16 grammes de sel par litre au lieu de 35. De ce fait, un courant d'eau salée coule toujours en profondeur à travers le Bosphore (la « cascade » d'eau marine ne s'est jamais arrêtée) tandis qu'en surface, les eaux moins salées de la mer Noire coulent vers la Méditerranée. La faible salinité et le climat continental expliquent que les eaux les moins salées du nord-ouest gèlent fréquemment en hiver contraignant notamment à l'utilisation de brise-glace pour dégager le port d'Odessa deux mois par an.

Les eaux de cette mer, au-delà de 200 mètres de profondeur, sont anoxiques, c’est-à-dire sans dioxygène dissous. L'eau profonde concentre assez de sulfure d'hydrogène pour que les bois, cuirs et tissus des épaves soient préservés de l'action bactérienne, au grand bonheur des chercheurs de trésors sous-marins. Ce phénomène est appelé euxinisme.

Le mystère La Pérouse, James Cook français

L'histoire rapporte que Louis XVI, quelques minutes avant son exécution, aurait demandé des nouvelles de l'expédition perdue du célèbre navigateur La Pérouse. Qui était cet homme, dont le destin hors norme et tragique pouvait avoir tenu en haleine le pays tout entier au moment de la Révolution Française ?

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Sumer, la premiere grande civilisation de l'histoire

Sumer est une région de l’Irak actuel située dans le sud de la Mésopotamie, couvrant une vaste plaine comprise entre le fleuve Tigre (Idigna en sumérien) à l’Est, le fleuve Euphrate (Buranun en sumérien) à l’ouest et le golfe Persique au sud. Il s'y est développé la première grande civilisation de l’Histoire à compter de la fin du IVe millénaire av. J. C. et durant tout le IIIe millénaire av. J. C.

Cette civilisation, antérieure à celle de l’Egypte des pharaons, bâtissait malheureusement avec des matériaux périssables (la brique), ce qui explique qu’elle ait fini par sortir totalement de la mémoire des hommes. Elle ne fut « redécouverte » que durant la seconde moitié du XIXe siècle. Pour une fois, les linguistes précédèrent les archéologues en découvrant une langue inconnue et reliée à aucune autre que Jules Oppert nomma en 1869 le « sumérien » en référence au nom akkdien de cette langue morte, sumeru. Les fouilles pratiquées ensuite sur de mystérieuses collines artificielles (tells) formées par l'accumulation de constructions inconnues dans le sud Mésopotamien révéla au grand jour cette civilisation oubliée. En plus d'œuvres architecturales et artistiques remarquables, elles ont mis au jour des dizaines de milliers de tablettes en écriture cunéiforme datant de la fin du IVe millénaire av. J. C., qui constituent la plus ancienne documentation écrite de notre Histoire, et font de Sumer la première grande civilisation connue.

L'analyse de cette documentation a montré que les Sumériens ont eu une grande influence sur les civilisations antiques postérieures, Egyptiens compris, contribuant à l'apparition des premiers États avec leurs institutions et administrations complexes, au développement des premières sociétés urbaines ainsi qu'à la mise au point de différentes techniques dans les domaines de l'agriculture, de la construction, de la métallurgie et des échanges commerciaux, inventant entre autres la roue pleine, les premiers codes de lois ou encore la bière, et donnant surtout leur première expression littéraire aux grands mythes de l’humanité. Ils ont également créé le plus ancien système de numération dont nous ayons conservé la trace, en base sexagésimale (base 60), qui nous permet toujours, cinq mille ans plus tard, de compter 60 secondes dans une minute, 60 minutes dans une heure, 24 heures dans un jour et environ 360 jours dans une année.

La mesure du temps dans la civilisation sumerienne, a l'origine de nos calendriers modernes

 La journée débutait pour les sumériens au crépuscule et s’achevait au crépuscule suivant. La journée était divisée en 12 bêru (des double-heures) ou en 6 veilles. Trois veilles de nuit (Crépuscule, Milieu de la nuit, Aube) et trois veilles de jour (Matin, Mi-jour qui correspondait au temps de la sieste et Soir). Afin de mesurer le passage du temps, les Mésopotamiens employaient la clepsydre (l'horloge à eau), ou bien un cadran solaire fait avec un gnomon.

Le mois lunaire comptait 28 jours. Le premier jour du mois débutait lorsqu'une nouvelle lune croissante était pour la première fois visible en bas de l'horizon (Nouvelle lune). Le septième jour du mois (le sebûtu, certainement à l’origine du sabbat biblique qui donnera la semaine de 7 jours), correspondait au premier quartier de lune. C’était un jour jugé néfaste durant lequel toute activité était interdite par les Dieux, à l'exception du deuil et de la purification. Le quatorzième jour du mois correspondait à la pleine lune : c’était un autre jour jugé néfaste. Le vingt et unième jour du mois correspondait au dernier quartier de lune : c’était encore un jour jugé néfaste, durant lequel toute activité était interdite. Le vingt-huitième jour du mois correspondait à la Nouvelle lune. Ce jour également considéré comme néfaste était propice seulement au contact entre le monde des vivants et celui des morts et l’occasion de banquets censés réunir les familles et leurs ancêtres défunts. Ces quatre jours jugés néfastes à tout travail sont à l’origine des quatre dimanches de la tradition judéo-chrétienne.

L’année solaire reposait sur le rythme des saisons et débutait à l’équinoxe de printemps (autour du 20 mars). Une année durait 365 jours ¼, alors que 12 mois lunaires ne faisaient que 354 jours. Il arrivait donc, certaines années, qu’un mois intercalaire soit rajouté pour compenser le décalage intervenu.

Chaque cité possédait son propre calendrier, reflétant ses traditions religieuses, les activités agricoles (récolte, semailles, préparation des araires) et les travaux de construction (moulage de briques, curetage des canaux). A noter que, dans ces différents calendriers, se retrouvent déjà les grandes fêtes qui seront reprises à leur compte des milliers d’années plus tard par les religions monothéistes, par exemple la fête de la Résurrection en avril, celle des morts en novembre, ou celle de la naissance du Dieu soleil à la fin décembre.

Bayard, «le chevalier sans peur et sans reproche»

 Descendant d’une prestigieuse lignée de guerriers, il incarne le « bon chevalier », modeste et désintéressé, célèbre pour son attachement à s’opposer au pillage des villes conquises et à faire respecter la vertu des femmes. Son épopée, comme celle de Jeanne d’Arc et de Du Guesclin, valorise les qualités chevaleresques essentielles : l’héroïsme, l’honneur et un certain art de vivre et de mourir pour sa patrie et pour son dieu. Sa vie, à elle seule, est la plus belle des légendes et, à ce titre, mérite d’être contée.

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Les nymphes du Mont Aiguille

 Le Mont Aiguille, appelé Mont Inaccessible au moyen âge, est la plus célèbre montagne du Vercors. Longtemps auréolé d’un halo de légendes, il fut gravi pour la première fois en 1492, l’année même de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

 Le Mont Aiguille, décrit par Rabelais en 1552 dans « Le Quart Livre » de Pantagruel comme une montagne « scabreuse, pierreuse, montueuse... très difficile aux pieds », est assurément le plus célèbre sommet du Vercors. Cet énorme rocher calcaire isolé de la chaîne du Grand Veymont et taillé en forme d’obélisque de 900 m de haut, comptait autrefois parmi les « sept merveilles du Dauphiné ». Le sommet tabulaire est recouvert d’une prairie qui domine, de ses 2 086 m, le village de Clelles et le col de l’Aupet.


 Longtemps considéré comme tout à fait inaccessible, il fut pourtant gravi l’année même de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, le 26 juin 1492, par le capitaine Antoine de Ville, seigneur de Dompjulien de Beaupré, et dix hardis compagnons, pour satisfaire à une fantaisie du roi Charles VIII. Arrivés au sommet, au moyen d’échelles de corde et surtout d’une bonne dose d’audace et de courage, les onze hommes plantèrent trois croix et célébrèrent une messe, devenant ainsi les premiers alpinistes français et retirant du même coup à la cime jusqu’alors inviolée un peu de son ancien prestige.


 Mais laissons à un enfant du pays, dont la postérité n’a pas retenu le nom, nous conter cette belle aventure.

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À l'attaque des châteaux forts

On voit dans de nombreux films des châteaux forts assiégés par des centaines de soldats utilisant des tours d’assaut et des catapultes. Ceci s’est produit à de multiples reprises dans l’Histoire, mais la réalité est la plupart du temps bien différente. Les assaillants ne sont en général que quelques dizaines, rarement plus d’une centaine, et ils misent la plupart du temps sur la surprise pour emporter un château, soit en passant par une porte restée ouverte, soit grâce à un complice à l’intérieur qui abaisse le pont-levis.

Même le puissant roi de France Philippe Auguste s’en remet à la ruse pour prendre Château Gaillard en 1204, tenu par les Anglais et réputé imprenable : c’est en s’introduisant par les latrines qu’il réussit à conquérir l’orgueilleuse citadelle !

Lorsque la ruse échoue, la méthode la plus fréquente est d’escalader les murailles à l’aide d’échelles. On appelle cela « l’échelade ». C’est ainsi que les Dauphinois prennent le château savoyard de La Perrière à Saint-Julien-de-Ratz en 1333, assaut qui coûte la vie au Dauphin lui-même (tué par un tir d’arbalète, comme jadis Richard Cœur de Lion au siège de Châlus-Chabrol).

Lorsqu’un siège s’avère nécessaire, la famine ou la pénurie d’eau deviennent les principales armes de l’assaillant. Les grosses machines de siège ne sont employées que par les plus riches seigneurs, en dernier recours. Un exemple est le siège du château d’Entremont par le comte de Savoie en 1306, au cours duquel toute son armée et ses catapultes sont déployées pour prendre la forteresse de l’un de ses vassaux désobéissant.

Il est bon de savoir également que durant un siège, l’huile bouillante – denrée très coûteuse – n’est jamais utilisée par les défenseurs pour être déversée sur les assaillants massés au pied des remparts. De même, l’utilisation d’eau bouillante relève tout autant du mythe, l’eau étant vitale en cas de siège. Les défenseurs jettent en revanche toutes sortes de projectiles abondants et peu coûteux, tels que les pierres, mais aussi le sable brûlant ou même les excréments !

Enfin, puisqu’on en est à tordre le cou aux idées reçues, il faut également savoir que les assiégés ne s’échappent presque jamais par des souterrains, car ceux-ci n’existent en général que dans l’imaginaire collectif ! Seuls quelques très grands châteaux en sont pourvus (aucun en Dauphiné par exemple). Ce que l’on prend aujourd’hui pour des tunnels à demi éboulés dans nos châteaux en ruines ne sont en réalité rien d’autres que des caves, unique moyen pour conserver au frais la nourriture dont disposent nos ancêtres, ou encore des accès à des réserves d’eau potable souterraines.

L’architecte Maître Jacques

L’ARCHITECTE MAÎTRE JACQUES, évoqué dans le premier tome de Val Kyme, a réellement existé.

Né en 1235 dans la petite ville de Saint-Georgesd’Espéranche en Isère pour les uns, ou à Saint-Prex sur les rives du lac Léman pour les autres, maître Jacques est un célèbre architecte bâtisseur de châteaux forts. Il a appris son métier auprès de son père, maître Jean, lors de la construction de plusieurs châteaux pour le comte de Savoie (Chillon, sur les bords du lac Léman, est le plus célèbre).

En 1272, le futur roi Édouard Ier d’Angleterre rend visite à son oncle Philippe Ier, comte de Savoie, dans le magnifique château fort de Saint-Georges d’Espéranche, construit par maître Jacques. Le monarque d’outre-Manche est séduit par le château et invite six ans plus tard l’architecte à construire pour son compte d’immenses châteaux royaux, au Pays de Galles (Caernarvon, Conway, Beaumaris…) puis en Écosse (Stirling, Linlithgow). Le pape Clément V lui commande également deux châteaux en Aquitaine (Villandraut et Roquetaillade).

Maître Jacques décède en 1309, après avoir bâti une vingtaine de châteaux forts. Il reste l’un des plus célèbres architectes de son temps.

Illustration : château de Caernarfon

L'énigme de l'art figuratif

 

Comment Sapiens, apparu il y a environ 300000 ans,  en est-il venu à représenter la réalité ? La découverte, à Bornéo, du dessin d'un bœuf datant de 40 000 ans relance le débat. Car cette première trace d'art figuratif est quasi synchrone de celles de la grotte Chauvet en France (36000 ans), mais à des milliers de kilomètres de là ! Comment ce genre de simultanéité est-il possible? Existe-t-il un élément déclencheur dans le développement mental de l’espèce humaine, qui aurait offert à cette époque aux artistes d’aller au-delà des représentations abstraites des premiers âges et de leur suggérer d’orner les grottes de représentations animales ? Ou bien les premières peintures auraient-elles suffisamment marqués les hommes de l’époque pour que la vénération devienne contagion, d’un bout à l’autre de la planète ? Difficile à dire.

Mais cette première coïncidence n’est pas unique, elle est suivie d’une seconde, il y a environ 18000 ans : c’est l’époque à laquelle l’humain commence à apparaître aux côtés des animaux - voir à les remplacer - sur les parois des grottes ornées. C'est le cas à Bornéo, en Indonésie, entre 20 000 et 13 000 ans, dans le désert australien, il y a entre 18000 et 12000 ans, ou encore en France, dans l'abri sous roche de Roc-aux-Sorciers, à partir de 16 000 ans.

Des humains auraient-ils traversé les continents en un rien de temps pour répandre l’art figuratif ? Et si oui, pourquoi ? Maxime Aubert, de l'université Griffith, en Australie, en doute. Pour lui, cette quasi-synchronie « pousse plutôt à penser qu'il n'y a pas eu un seul et unique centre d'émergence de l'art figuratif, mais au moins deux, en Asie et en Europe. Étrangement, en ces points du globe, l'art semble s'être développé et avoir évolué en même temps et de la même façon. »

En des points tout à fait éloignés du monde, donc, au sein de populations différentes qui ne se sont a priori ni rencontrées ni concertées, apparaîtrait au même moment un saut cognitif parfaitement identique dans la forme ! Comment un tel prodige peut-il s'expliquer ? S'agit-il d'une incroyable coïncidence ?

Derrière les figures du bœuf de Bornéo et des lions de Chauvet, c'est bien la question de l'origine de l'art qui se cache, et donc celle de la pensée symbolique humaine. "Bien entendu, l'art existait avant l'essor du courant figuratif », commente Francesco d'Errico, directeur de recherche au CNRS : « Des œuvres plus anciennes, bien que non-figuratives, ont été retrouvées, et elles avaient un sens pour leurs auteurs. Certaines ont même été attribuées à d'autres espèces que la nôtre, comme Neandertal. La pensée symbolique humaine n'est donc pas uniquement nôtre, elle est peut-être même plus vieille que notre espèce !"

Le chercheur fait ici référence à des peintures abstraites, comme ces croisillons vieux de 73 000 ans découverts en Afrique du Sud, ou encore des motifs datés de 65 000 ans retrouvés sur des parois en Espagne, lorsque seul Neandertal peuplait l'Europe.

Sauf que, entre ces tracés et celui d'un animal entier, le saut artistique est majeur. Et par ailleurs, toutes les peintures figuratives retrouvées sont attribuées à Homo sapiens - même si des doutes subsistent pour certaines, comme celles de la grotte des Merveilles à Rocamadour.

D'où une nouvelle question : pourquoi avons-nous été les seuls, parmi les homos, capables de dessiner les choses telles que nous les voyons ? Plusieurs hypothèses rivalisent ici. Sapiens, par exemple, aurait pu inventer ce nouvel art pour affirmer son identité, en réaction à sa rencontre avec Neandertal et Denisova (une autre espèce humaine disparue). Ou peut-être le temps a-t-il simplement manqué à ces derniers, disparus il y a environ 30 000 ans. Autre hypothèse : ils auraient, eux aussi, reproduit le réel là où ils se trouvaient, mais leurs œuvres ne nous sont pas parvenues. Enfin, peut-être le cerveau de Sapiens était-il prédisposé à ce nouveau courant d'expression et pas le leur, tant il est vrai que l'art figuratif est complexe et nécessite une forte maturité cognitive...

Que s'est-il passé, alors ? Pourquoi une telle manifestation de la pensée complexe est-elle apparue ici et là, tout d'un coup ? Et surtout, plus de 200000 ans après la naissance de notre espèce ! Pourquoi tout ce temps ? Une évolution cognitive singulière était-elle indispensable ? Sans doute est-ce la meilleure explication à nous mettre sous la dent. Mais alors demeure la question : pourquoi cette maturation si spécifique s’est-elle produite partout « au même » moment ?

Aucune explication satisfaisante pour l’heure…

On aurait inventé l'agriculture pour boire de la bière !

D’où est venu ce choix épuisant de l’agriculture, alors qu’il était si facile de continuer à chasser et cueillir ce qu’une terre généreuse mettait à disposition ? Car les études le montrent toutes, on vivait plus longtemps et en bien meilleure santé en chassant qu’en cultivant, et en plus on disposait de beaucoup plus de temps libre pour vaquer à ses loisirs.

On a longtemps pensé que le besoin de fabriquer du pain pour nourrir une population grandissante était à l’origine de cette révolution majeure intervenue il y a environ 10000 ans. Le plus vieux pain retrouvé – une galette noircie certainement jetée car trop cuite – a été retrouvée en Jordanie. Elle date d’environ 14000 ans.

Mais on a également retrouvé de l’orge malté et fermenté – bref de la bière – ainsi qu’un porridge alcoolisé en Israël, datant à peu près de la même période. Et il semble attesté que les liquides fermentés et alcooliques aient toujours joué un rôle essentiel dans les festivités de toutes les cultures du monde.

C’est le cas dans le plus ancien temple connu de l’histoire de l’humanité, que l’on a retrouvé à Göbekli Tepe en Turquie. Cet ensemble monumental date de 12000 ans et il est l’œuvre d’une ou plusieurs tribus de chasseur-cueilleurs qui se réunissaient là chaque année pour fêter ensemble des rites sur lesquels nous ne savons rien, en consommant des quantités non négligeables de bière. Et pour ce faire, la confection de la boisson rituelle ne pouvait résulter de l’utilisation de surplus agricoles – le blé n’était pas encore cultivé !

Ce site – comme d’autres encore à découvrir sans doute - semble avoir joué un rôle majeur dans la transition d'une chasse et cueillette chamaniste vers l’agriculture et les religions fortement structurées des époques suivantes, car l’organisation sociale nécessaire à la création des temples de Göbekli Tepe a dû favoriser une exploitation organisée et rituelle du blé et de « potagers sacrés » où les sélections et techniques de plantations s’améliorèrent, permettant l’émergence d’une agriculture nourricière.

Ce serait donc la spiritualité - et le besoin de sanctifier les liturgies par la consommation de la bière - qui aurait développé chez l’Homme la capacité, tant mentale que concrète, d’inventer l’agriculture. Rien n’est encore tranché, mais l’idée semble plus que probable.

L'arbre le plus vieux du monde est un "sapin de Noël" de près de 10 000 ans !

Le plus vieil arbre du monde connu est un sapin âgé de plus de 9 550 ans. Il a été découvert par les chercheurs suédois dans le nord du pays.
Le plus vieil arbre du monde appartient à une espèce utilisée traditionnellement pour décorer les foyers européens pour les fêtes de Noël : l'épicéa commun.

Il est plutôt modeste : haut de seulement 4 mètres, il ressemble à un sapin de Noël dégarni. Aucun rapport avec un autre des plus vieux arbres du monde, un célèbre cyprès de près de 5 000 ans qui se trouve en Iran et dont le tronc fait 18,6 m de diamètre avec des branches de 4,5 m de diamètre !

Ici, c'est l'âge du système racinaire de l'arbre qui permet à ce sapin de détenir le record du plus vieil arbre du monde : 9 550 ans ! Découvert en 2004 par une équipe de chercheurs suédois menée par Leif Kullman, professeur à l'Université d'Umeå, cet épicéa est situé sur la montagne de Fulufjället en Suède, dans la province de Dalécarlie.

Cet arbre pousse au pied d'une montagne (1 185 m au-dessus du niveau de la mer), à une altitude de 910 m. C'est en mesurant sa teneur en carbone 14 par rapport aux isotopes de carbone stables que les chercheurs ont pu le dater. Car il est impossible de définir l'âge de ces sapins en comptant les anneaux de leurs troncs : en général, les sapins mesurent à peine deux mètres, leurs troncs ont 10 à 20 cm d'épaisseur, et leur croissance telle qu’on la connait aujourd’hui n'a véritablement commencé qu'avec le réchauffement du climat au début du XXe siècle. Auparavant, la plupart d’entre eux n’étaient que de simples buissons.

Leur incroyable longévité s'explique par leur capacité à se cloner eux-mêmes : "dès qu'une tige meurt, une nouvelle émerge du même stock racinaire", a expliqué Kullman à National Geographic : "donc, l'arbre a une espérance de vie très longue.".

Ce record pourrait pourtant être battu puisque la calotte glaciaire a fondu en Suède avec la fin de l'âge glaciaire il y a environ 11 000 ans. Il existe donc certainement des arbres de plus de 10000 ans dans cette région.

Leif Kullman compare les sapins découverts en Suède avec des pins américains, connus par la science grâce à des recherches antérieures : "Dans la toundra boisée des montagnes d'Amérique du Nord, on voit pousser des sapins (Bristlecone Pine) âgés de 4 000 à 5 000 ans", a indiqué le professeur Kullman. Le plus vieil arbre du monde a été baptisé Old Tjikko (vieux Tjikko) par le chercheur, en hommage à son chien Husky mort récemment.