À l'attaque des châteaux forts

On voit dans de nombreux films des châteaux forts assiégés par des centaines de soldats utilisant des tours d’assaut et des catapultes. Ceci s’est produit à de multiples reprises dans l’Histoire, mais la réalité est la plupart du temps bien différente. Les assaillants ne sont en général que quelques dizaines, rarement plus d’une centaine, et ils misent la plupart du temps sur la surprise pour emporter un château, soit en passant par une porte restée ouverte, soit grâce à un complice à l’intérieur qui abaisse le pont-levis.

Même le puissant roi de France Philippe Auguste s’en remet à la ruse pour prendre Château Gaillard en 1204, tenu par les Anglais et réputé imprenable : c’est en s’introduisant par les latrines qu’il réussit à conquérir l’orgueilleuse citadelle !

Lorsque la ruse échoue, la méthode la plus fréquente est d’escalader les murailles à l’aide d’échelles. On appelle cela « l’échelade ». C’est ainsi que les Dauphinois prennent le château savoyard de La Perrière à Saint-Julien-de-Ratz en 1333, assaut qui coûte la vie au Dauphin lui-même (tué par un tir d’arbalète, comme jadis Richard Cœur de Lion au siège de Châlus-Chabrol).

Lorsqu’un siège s’avère nécessaire, la famine ou la pénurie d’eau deviennent les principales armes de l’assaillant. Les grosses machines de siège ne sont employées que par les plus riches seigneurs, en dernier recours. Un exemple est le siège du château d’Entremont par le comte de Savoie en 1306, au cours duquel toute son armée et ses catapultes sont déployées pour prendre la forteresse de l’un de ses vassaux désobéissant.

Il est bon de savoir également que durant un siège, l’huile bouillante – denrée très coûteuse – n’est jamais utilisée par les défenseurs pour être déversée sur les assaillants massés au pied des remparts. De même, l’utilisation d’eau bouillante relève tout autant du mythe, l’eau étant vitale en cas de siège. Les défenseurs jettent en revanche toutes sortes de projectiles abondants et peu coûteux, tels que les pierres, mais aussi le sable brûlant ou même les excréments !

Enfin, puisqu’on en est à tordre le cou aux idées reçues, il faut également savoir que les assiégés ne s’échappent presque jamais par des souterrains, car ceux-ci n’existent en général que dans l’imaginaire collectif ! Seuls quelques très grands châteaux en sont pourvus (aucun en Dauphiné par exemple). Ce que l’on prend aujourd’hui pour des tunnels à demi éboulés dans nos châteaux en ruines ne sont en réalité rien d’autres que des caves, unique moyen pour conserver au frais la nourriture dont disposent nos ancêtres, ou encore des accès à des réserves d’eau potable souterraines.

L’architecte Maître Jacques

L’ARCHITECTE MAÎTRE JACQUES, évoqué dans le premier tome de Val Kyme, a réellement existé.

Né en 1235 dans la petite ville de Saint-Georgesd’Espéranche en Isère pour les uns, ou à Saint-Prex sur les rives du lac Léman pour les autres, maître Jacques est un célèbre architecte bâtisseur de châteaux forts. Il a appris son métier auprès de son père, maître Jean, lors de la construction de plusieurs châteaux pour le comte de Savoie (Chillon, sur les bords du lac Léman, est le plus célèbre).

En 1272, le futur roi Édouard Ier d’Angleterre rend visite à son oncle Philippe Ier, comte de Savoie, dans le magnifique château fort de Saint-Georges d’Espéranche, construit par maître Jacques. Le monarque d’outre-Manche est séduit par le château et invite six ans plus tard l’architecte à construire pour son compte d’immenses châteaux royaux, au Pays de Galles (Caernarvon, Conway, Beaumaris…) puis en Écosse (Stirling, Linlithgow). Le pape Clément V lui commande également deux châteaux en Aquitaine (Villandraut et Roquetaillade).

Maître Jacques décède en 1309, après avoir bâti une vingtaine de châteaux forts. Il reste l’un des plus célèbres architectes de son temps.

Illustration : château de Caernarfon

L'énigme de l'art figuratif

 

Comment Sapiens, apparu il y a environ 300000 ans,  en est-il venu à représenter la réalité ? La découverte, à Bornéo, du dessin d'un bœuf datant de 40 000 ans relance le débat. Car cette première trace d'art figuratif est quasi synchrone de celles de la grotte Chauvet en France (36000 ans), mais à des milliers de kilomètres de là ! Comment ce genre de simultanéité est-il possible? Existe-t-il un élément déclencheur dans le développement mental de l’espèce humaine, qui aurait offert à cette époque aux artistes d’aller au-delà des représentations abstraites des premiers âges et de leur suggérer d’orner les grottes de représentations animales ? Ou bien les premières peintures auraient-elles suffisamment marqués les hommes de l’époque pour que la vénération devienne contagion, d’un bout à l’autre de la planète ? Difficile à dire.

Mais cette première coïncidence n’est pas unique, elle est suivie d’une seconde, il y a environ 18000 ans : c’est l’époque à laquelle l’humain commence à apparaître aux côtés des animaux - voir à les remplacer - sur les parois des grottes ornées. C'est le cas à Bornéo, en Indonésie, entre 20 000 et 13 000 ans, dans le désert australien, il y a entre 18000 et 12000 ans, ou encore en France, dans l'abri sous roche de Roc-aux-Sorciers, à partir de 16 000 ans.

Des humains auraient-ils traversé les continents en un rien de temps pour répandre l’art figuratif ? Et si oui, pourquoi ? Maxime Aubert, de l'université Griffith, en Australie, en doute. Pour lui, cette quasi-synchronie « pousse plutôt à penser qu'il n'y a pas eu un seul et unique centre d'émergence de l'art figuratif, mais au moins deux, en Asie et en Europe. Étrangement, en ces points du globe, l'art semble s'être développé et avoir évolué en même temps et de la même façon. »

En des points tout à fait éloignés du monde, donc, au sein de populations différentes qui ne se sont a priori ni rencontrées ni concertées, apparaîtrait au même moment un saut cognitif parfaitement identique dans la forme ! Comment un tel prodige peut-il s'expliquer ? S'agit-il d'une incroyable coïncidence ?

Derrière les figures du bœuf de Bornéo et des lions de Chauvet, c'est bien la question de l'origine de l'art qui se cache, et donc celle de la pensée symbolique humaine. "Bien entendu, l'art existait avant l'essor du courant figuratif », commente Francesco d'Errico, directeur de recherche au CNRS : « Des œuvres plus anciennes, bien que non-figuratives, ont été retrouvées, et elles avaient un sens pour leurs auteurs. Certaines ont même été attribuées à d'autres espèces que la nôtre, comme Neandertal. La pensée symbolique humaine n'est donc pas uniquement nôtre, elle est peut-être même plus vieille que notre espèce !"

Le chercheur fait ici référence à des peintures abstraites, comme ces croisillons vieux de 73 000 ans découverts en Afrique du Sud, ou encore des motifs datés de 65 000 ans retrouvés sur des parois en Espagne, lorsque seul Neandertal peuplait l'Europe.

Sauf que, entre ces tracés et celui d'un animal entier, le saut artistique est majeur. Et par ailleurs, toutes les peintures figuratives retrouvées sont attribuées à Homo sapiens - même si des doutes subsistent pour certaines, comme celles de la grotte des Merveilles à Rocamadour.

D'où une nouvelle question : pourquoi avons-nous été les seuls, parmi les homos, capables de dessiner les choses telles que nous les voyons ? Plusieurs hypothèses rivalisent ici. Sapiens, par exemple, aurait pu inventer ce nouvel art pour affirmer son identité, en réaction à sa rencontre avec Neandertal et Denisova (une autre espèce humaine disparue). Ou peut-être le temps a-t-il simplement manqué à ces derniers, disparus il y a environ 30 000 ans. Autre hypothèse : ils auraient, eux aussi, reproduit le réel là où ils se trouvaient, mais leurs œuvres ne nous sont pas parvenues. Enfin, peut-être le cerveau de Sapiens était-il prédisposé à ce nouveau courant d'expression et pas le leur, tant il est vrai que l'art figuratif est complexe et nécessite une forte maturité cognitive...

Que s'est-il passé, alors ? Pourquoi une telle manifestation de la pensée complexe est-elle apparue ici et là, tout d'un coup ? Et surtout, plus de 200000 ans après la naissance de notre espèce ! Pourquoi tout ce temps ? Une évolution cognitive singulière était-elle indispensable ? Sans doute est-ce la meilleure explication à nous mettre sous la dent. Mais alors demeure la question : pourquoi cette maturation si spécifique s’est-elle produite partout « au même » moment ?

Aucune explication satisfaisante pour l’heure…

On aurait inventé l'agriculture pour boire de la bière !

D’où est venu ce choix épuisant de l’agriculture, alors qu’il était si facile de continuer à chasser et cueillir ce qu’une terre généreuse mettait à disposition ? Car les études le montrent toutes, on vivait plus longtemps et en bien meilleure santé en chassant qu’en cultivant, et en plus on disposait de beaucoup plus de temps libre pour vaquer à ses loisirs.

On a longtemps pensé que le besoin de fabriquer du pain pour nourrir une population grandissante était à l’origine de cette révolution majeure intervenue il y a environ 10000 ans. Le plus vieux pain retrouvé – une galette noircie certainement jetée car trop cuite – a été retrouvée en Jordanie. Elle date d’environ 14000 ans.

Mais on a également retrouvé de l’orge malté et fermenté – bref de la bière – ainsi qu’un porridge alcoolisé en Israël, datant à peu près de la même période. Et il semble attesté que les liquides fermentés et alcooliques aient toujours joué un rôle essentiel dans les festivités de toutes les cultures du monde.

C’est le cas dans le plus ancien temple connu de l’histoire de l’humanité, que l’on a retrouvé à Göbekli Tepe en Turquie. Cet ensemble monumental date de 12000 ans et il est l’œuvre d’une ou plusieurs tribus de chasseur-cueilleurs qui se réunissaient là chaque année pour fêter ensemble des rites sur lesquels nous ne savons rien, en consommant des quantités non négligeables de bière. Et pour ce faire, la confection de la boisson rituelle ne pouvait résulter de l’utilisation de surplus agricoles – le blé n’était pas encore cultivé !

Ce site – comme d’autres encore à découvrir sans doute - semble avoir joué un rôle majeur dans la transition d'une chasse et cueillette chamaniste vers l’agriculture et les religions fortement structurées des époques suivantes, car l’organisation sociale nécessaire à la création des temples de Göbekli Tepe a dû favoriser une exploitation organisée et rituelle du blé et de « potagers sacrés » où les sélections et techniques de plantations s’améliorèrent, permettant l’émergence d’une agriculture nourricière.

Ce serait donc la spiritualité - et le besoin de sanctifier les liturgies par la consommation de la bière - qui aurait développé chez l’Homme la capacité, tant mentale que concrète, d’inventer l’agriculture. Rien n’est encore tranché, mais l’idée semble plus que probable.

L'arbre le plus vieux du monde est un "sapin de Noël" de près de 10 000 ans !

Le plus vieil arbre du monde connu est un sapin âgé de plus de 9 550 ans. Il a été découvert par les chercheurs suédois dans le nord du pays.
Le plus vieil arbre du monde appartient à une espèce utilisée traditionnellement pour décorer les foyers européens pour les fêtes de Noël : l'épicéa commun.

Il est plutôt modeste : haut de seulement 4 mètres, il ressemble à un sapin de Noël dégarni. Aucun rapport avec un autre des plus vieux arbres du monde, un célèbre cyprès de près de 5 000 ans qui se trouve en Iran et dont le tronc fait 18,6 m de diamètre avec des branches de 4,5 m de diamètre !

Ici, c'est l'âge du système racinaire de l'arbre qui permet à ce sapin de détenir le record du plus vieil arbre du monde : 9 550 ans ! Découvert en 2004 par une équipe de chercheurs suédois menée par Leif Kullman, professeur à l'Université d'Umeå, cet épicéa est situé sur la montagne de Fulufjället en Suède, dans la province de Dalécarlie.

Cet arbre pousse au pied d'une montagne (1 185 m au-dessus du niveau de la mer), à une altitude de 910 m. C'est en mesurant sa teneur en carbone 14 par rapport aux isotopes de carbone stables que les chercheurs ont pu le dater. Car il est impossible de définir l'âge de ces sapins en comptant les anneaux de leurs troncs : en général, les sapins mesurent à peine deux mètres, leurs troncs ont 10 à 20 cm d'épaisseur, et leur croissance telle qu’on la connait aujourd’hui n'a véritablement commencé qu'avec le réchauffement du climat au début du XXe siècle. Auparavant, la plupart d’entre eux n’étaient que de simples buissons.

Leur incroyable longévité s'explique par leur capacité à se cloner eux-mêmes : "dès qu'une tige meurt, une nouvelle émerge du même stock racinaire", a expliqué Kullman à National Geographic : "donc, l'arbre a une espérance de vie très longue.".

Ce record pourrait pourtant être battu puisque la calotte glaciaire a fondu en Suède avec la fin de l'âge glaciaire il y a environ 11 000 ans. Il existe donc certainement des arbres de plus de 10000 ans dans cette région.

Leif Kullman compare les sapins découverts en Suède avec des pins américains, connus par la science grâce à des recherches antérieures : "Dans la toundra boisée des montagnes d'Amérique du Nord, on voit pousser des sapins (Bristlecone Pine) âgés de 4 000 à 5 000 ans", a indiqué le professeur Kullman. Le plus vieil arbre du monde a été baptisé Old Tjikko (vieux Tjikko) par le chercheur, en hommage à son chien Husky mort récemment.

Carcassonne : la plus grande cite medievale d’europe sauvee de la demolition par un seul homme !

Qui ne connait pas cette cité médiévale fortifiée, dont les origines remontent à la période gallo-romaine, et qui doit sa renommée à sa double enceinte de 3 km de longueur flanquée de cinquante-deux tours (dont dix-sept gallo-romaines) qui domine de manière spectaculaire la vallée de l'Aude ?

Mais qui sait, en revanche, qu’au début du XIXe siècle, la cité est en ruine et se transforme progressivement en ville fantôme ? Les tours se délabrent et sont converties en granges ou en garages. Les lices entre les deux enceintes sont progressivement envahies par les constructions (plus de 112 maisons particulières). Devant le peu d’attrait de l’endroit et les risques d’effondrement, la destruction pure et simple de l’antique cité avait été programmée. La plus grande et belle cité médiévale d’Europe ne sera finalement sauvé de la disparition que par l'action et la ténacité d’un seul homme, l'archéologue Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, notable et historien, habitant au pied de la Cité. Dès 1835, celui-ci s'émeut de la destruction de l’immense barbacane (poste de défense avancé) située à l’ouest de la cité et dont les pierres étaient pillées par les entrepreneurs locaux. C'est à lui que l'on doit les premières véritables fouilles dans la cathédrale de la Cité et la découverte de la chapelle de l'évêque Radulphe.

Grace à ses communications incessantes, l'écrivain Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, ressent à son tour un coup de foudre pour ce monument en perdition. L'architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui avait commencé la restauration de l'église Saint-Nazaire, est alors chargé d'étudier la restauration de la Cité. En 1853, Napoléon III approuve le projet de restauration. L'expropriation et la destruction des bâtiments construits le long des remparts sont ordonnées. A la mort d’Eugène Viollet-le-Duc en 1879, son élève Paul Boeswillwald reprend le flambeau puis l'architecte Henri Nodet.Les travaux ne seront considérés comme terminés qu’en 1913, même si 70% de l’intérieur même de la cité ne sera jamais restauré.

Bien entendu, face à ceux qui se décident à agir et à restaurer, se retrouvent toujours des gens prompts à ne rien faire, si ce n’est critiquer. Les restaurations d'Eugène Viollet-le-Duc ont donc été fortement remises en question, ses détracteurs soulignant un certain nombre d’erreurs de l’architecte et un style trop gothique. Mais qu’importe en réalité ? La cité connut un grand nombre de styles architecturaux depuis l’époque de l’enceinte gallo-romaine, qui l’enrichirent successivement. La « touche Viollet-le-Duc » n’est que le dernier d’une longue série. Ce qu’il faut retenir, en revanche, c’est que sans l’action remarquable de Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, de Prosper Mérimée et d’Eugène Viollet-le-Duc, et si l’on avait seulement écouté la doctrine non-interventionniste d’historiens tatillons et bien peu inspirés, nous ne pourrions pas aujourd’hui nous émerveiller devant la plus belle cité médiévale d’Europe !

Un super-volcan a l’origine de la disparition de l’homme de neandertal

La disparition de l'Homme de Néandertal, il y a environ 35 000 ans, pourrait faire suite à et l'explosion de la caldera des champs Phlégréens (un super volcan de 100 km2 comptant 24 cratères et situé sous la baie de Naples en Italie). En effet, cet événement a vu la libération dans l'atmosphère d'un volume de matières volcaniques extrêmement important, d'au moins 80 km3. Le panache de cendres serait monté à plus de 40 km d'altitude (stratosphère), avant de retomber en un épais manteau recouvrant tout, comparable aux couches de cendres de Pompéi, sur une aire allant de l'Italie aux steppes asiatiques, tuant toute forme de végétation sur cette zone, ainsi que toute la chaîne trophique en dépendant, grands prédateurs et Homo compris. L'atmosphère globale aurait été assombrie pendant plusieurs années menaçant aussi d'extinction au passage les Homo sapiens (on estime la population humaine à 60 000 individus sur l'ensemble du globe - hypothèse constatée par un étranglement des allèles du code génétique humain à cette date).

Les derniers peuplements néandertaliens ayant survécu à cet évènement cataclysmique se retrouvent dans le sud de la péninsule Ibérique – et en particulier à Gilbraltar - pendant encore au moins un millénaire, avant de finir par disparaitre suite à un manque de diversité génétique pour rester une espèce viable et à leur hybridation avec les peuplements successifs d'Homo sapiens, devenus beaucoup plus nombreux et les ayant finalement intégrés dans leur propre patrimoine génétique. Suite à l'ensemble des mixages génétiques, entre les deux espèces, antérieurs et postérieurs à cet évènement, on estime qu'environ 3 % du code génétique de Néandertal se retrouve aujourd'hui dans le patrimoine génétique des Européens et des Asiatiques.

Pour finir, le super-volcan napolitain pourrait fort bien se réveiller dans les prochaines années, cette immense chaudière ardente affichant une pression croissante depuis presque soixante-dix ans. Son dernier soubresaut, plus limité que celui ayant précipité la fin des Néandertaliens, remonte à 1538.

Santorin : De l'Atlantide aux Dix Plaies d'Égypte

Une vue de la caldera du volcan de Santorin, située en mer Égée. Paysage superbe de carte postale, à des années lumières du drame terrifiant qui le façonna. L’éruption volcanique qui intervint vers -1500 avant notre ère projeta environ 30 km3 de pierre ponce dans l’atmosphère. Le volcan, haut d’un kilomètre à l’époque, était 80 fois plus volumineux que le Mont Sainte-Hélène et 27 fois plus que le Vésuve qui détruisit Pompéi. L’explosion dégagea une énergie 40 000 fois plus importante que celle de la bombe atomique qui détruisit Hiroshima. Après l’explosion, la chambre magmatique s’effondra, provoquant l’engloutissement de la caldera sous les eaux, comme l’île de l’Atlantide dans le récit de Platon. La chute du volcan provoqua un mégatsunami de 20 mètres de hauteur qui se propagea dans toute la Méditerranée en s’exhaussant à l’approche des rivages. La Crête fut touchée en 7 minutes, la Turquie en 30, l’Egypte après une heure et demie. Les murs d’eau se propagèrent partout largement à l’intérieur de terres. La destruction des ports, des navires, des villages, des cultures sous les cendres, signifia ensuite famine et épidémies. Quant aux poussières en suspension dans l’atmosphère, elles obscurcirent le ciel européen durant des années, dégradant durablement le climat.

Depuis des décennies, on soupçonne fortement que la fameuse éruption de Santorin est associée étroitement à l'élaboration du mythe de l'Atlantide par Platon. On peut trouver de nombreux points communs entre la civilisation qui s'est développée en Crète et sur l'île de Santorin, de 2700 à 1200 avant J.-C. et celle que décrit le philosophe athénien dans le Timée et le Critias. De plus, le gigantesque tsunami qui a accompagné l'éruption minoenne cadre bien avec la catastrophe décrite par Platon, l'engloutissement de l'Atlantide. S’il semble difficile d’affirmer de façon irréfutable que l'effondrement de la civilisation minoenne et l’éruption volcanique sont deux évènements parfaitement simultanés, il est en revanche évident que la catastrophe a, au minimum, précipité la chute de la première puissance méditerranéenne de l’époque, en la privant de sa flotte, de ses terres arables, de ses réseaux commerciaux et d'une bonne partie de ses cités.

La catastrophe est également soupçonnée d’avoir contribué à susciter nombre d’autres légendes, parmi lesquelles la plus célèbre est celle des Dix Plaies d’Egypte. La colonne de cendres de l’éruption s'éleva jusqu'à 36 km de hauteur. Le vent dominant porta les cendres vers le Sud-Est jusqu'en Egypte où des dépôts ont été retrouvés et où fut probablement perçu le bruit de la détonation.
Les peuples de la région se souvenaient forcément de cette catastrophe lorsque fut rédigée le récit fondateur (mais certainement très largement imaginaire) de la sortie d’Egypte par les hebreux.

Chutes de lapilli et de cendres volcaniques rouges, mais aussi possiblement de pluies d’acide sulfurique capables d’oxyder les roches ferreuses du Nil pour leur donner des reflets de rouilles. Conditions climatiques humides et perturbées favorisant des regroupements inhabituels d’amphibiens et la prolifération des mouches et des moustiques avec, par ricochet, une recrudescence de toutes les maladies endémiques de l’époque (touchant comme à chaque fois en priorité les nouveaux nés, plus fragiles que leurs aînés), mais aussi des invasions de criquets pouvant durer des années. Des millions de tonnes de poussières volcaniques plongeant la méditerranée dans l’obscurité pendant plusieurs jours. Un raz-de-marée surpuissant provoquant dans le delta du Nil un abaissement subit du niveau des eaux avant que ne déferle la vague destructrice. Rajoutez à cela la crédulité d’une époque où les évènements naturels étaient interprétés comme des manifestations divines ainsi que le désir de créer un récit épique, et tous les ingrédients sont réunis pour écrire l’une des plus célèbres légendes de l’histoire de l’humanité.

De tous temps, les évènements géologiques ont lourdement pesé sur le destin et sur les croyances des peuples, sans qu’ils en aient conscience la plupart du temps. Rappelons que l'éruption du Laki en Islande en 1783 a engendré un été froid et humide en France, avec des chutes de neige à Paris en plein mois d'août ! Les récoltes ont été catastrophiques dans les mois qui ont suivi, avec apparition de la famine et de rébellions du peuple affamé. Les années de disette qui s’ensuivirent sont aujourd’hui considérées comme l’une des causes majeures ayant conduit à Révolution française de 1789.

Charlemagne a l’origine des raids vikings

L’Islande, où Thomas se rend dans le sixième opus de la série Thomas Passe-Mondes, est intimement liée à celle des Vikings de Norvège. Les opposants du roi norvégien Harald choisirent de fuir ce pays à la fin du neuvième siècle, à la recherche de terres vierges où s’installer. Ils embarquèrent femmes, enfant et bétail à bord de leurs knörs à la silhouette si caractéristique (navires que l’on rebaptisera drakkars au dix-neuvième siècle) et accostèrent les côtes islandaises en l’an 874. Ils y développèrent une société pacifique et très en avance sur son temps, dirigée par un parlement élu et où la peine de mort avait été commuée en une peine de bannissement temporaire.

Leur religion était à l’image de leur vie profane : empreinte de liberté, d’humanisme et de simplicité. Ils adoraient la terre-mère et les éléments naturels et croyaient à la présence parmi eux d’une foule de créatures fantastiques, elfes, nains et trolls, sans jamais éprouver le besoin d’introduire de prêtre, de dogme contraignant ou de lieu de culte consacré entre eux et leurs croyances. Une société aux antipodes des clichés de l’imagerie populaire décrivant les Vikings comme des monstres assoiffés de sang, surgissant de nulle part sur leurs grands vaisseaux de bois pour repartir après avoir semé la mort et la désolation.

Les Vikings, au contraire, étaient à l’origine pour la plupart d’honnêtes et paisibles marchands, qui commerçaient régulièrement avec les populations d’Europe continentale. Les choses s’étaient gâtées avec la conversion de l’Empereur Charlemagne au christianisme. L’Église avait alors entrepris de « répandre sa foi par le fer et le sang » à travers toute la Scandinavie, menant un travail patient et opiniâtre d’éradication des croyances ancestrales des peuples du nord. Elle diabolisa ou ridiculisa les anciens dieux, les réduisant à de simples humains divinisés et les faisant même tous périr lors d’un combat fratricide, le Ragnarök ou Crépuscule des Dieux, pure invention de l’époque chrétienne.

Le fort ressentiment éprouvé par les Vikings à l’égard de cette conversion forcée conduisit un premier groupe de marchands à mettre à sac l’abbaye anglaise de Lindisfame, en l’an 793. D’autres raids suivirent au fil des années et les marchands se rendirent progressivement compte qu’il était plus facile de voler les riches églises ou les populations désarmées que de continuer à marchander. C’est ainsi que débuta plus d’un siècle de raids incessants, qui ne s’acheva que lorsque les Vikings se sédentarisèrent en Angleterre et en Normandie.

Image tirée de la série télévisée VIKING créée par Michael Hirst

La charte des pirates : le premier manifeste égalitaire de l’Ancien Régime… ou presque…

Les pirates aux XVIIe et XVIIIe siècles semblent fonctionner suivant des règles qui paraissent improvisées et brutales mais qui sont tout leur contraire. Elles instaurent une discipline mais pas au sens où l’entend l’ordre social rigide et autoritaire de l’époque. Les principes que les pirates se sont constitués sont regroupés dans une Charte que le marin doit signer, une sorte de « contrat court » établi au début du voyage ou lors de l’élection d’un nouveau pirate. Cette charte traite à la fois de l’organisation à bord, des partages, de la discipline, comme de la sexualité, et de toutes les autres règles indispensables au fonctionnement de la vie à bord.

En ce qui concerne l’organisation à bord, le bâtiment obéit aux décisions du conseil commun (l’ensemble des pirates) qui élit le Capitaine. Celui-ci est désigné pour son courage et sa force lors des prises d’assaut, il n’a aucun pouvoir sauf lorsqu’il s’agit d’attaquer l’ennemi.

Le quartier-maître est un autre officier élu par les pirates, dont la fonction vient contrebalancer celle du capitaine. Il a la responsabilité de répartir équitablement les richesses ou les ressources sur le bateau (qu’il recense sur un carnet de comptes). Le quartier-maître est chargé également de désigner le plus justement le groupe d’abordage qui partira à l’assaut du bateau ennemi, il est une sorte d’intermédiaire entre le capitaine et les pirates. C'est l’équivalent d’un trésorier ou d’un premier ministre.

Il est évident que la fonction la plus élevée, la plus forte, est donc celle du groupe qui forme le conseil commun. Ils ont autorité sur le Capitaine qu’ils ont élu, ils peuvent le démettre dans certains cas, approuver ou réprouver ses choix ou certaines des initiatives qu’il propose, ils décident également des punitions ou du sort de prisonniers… Sur certains bateaux, le conseil commun se réunit souvent pour discuter du bien-être des pirates, ou pour revoir les décisions et les règles.

Sur le bateau, les fonctions sont sans cesse réévaluées, les liens entre les pirates s’opposent à toute hiérarchie dans les privilèges (par exemple, il n’y a pas de place, d’espace réservé ou attribué pour le capitaine), ce qui permet de préserver des relations sociales très saines. Les pirates ont aboli la relation salariale, le partage est le point de survie de leur aventure, ils dirigent le bateau comme leur propre propriété et déclarent qu’il est la propriété commune de ceux qui travaillent à son bord. Leurs pratiques s’appuient sur des valeurs collectivistes, antiautoritaires et… diablement égalitaires, un siècle avant la révolution française !!!

Image tirée de la série télévisée BLACK SAILS produite par Michael Bay

Tout a été inventé à Sumer, de l’Ecriture jusqu’au mythe du Déluge…

Située au sud de l'Irak actuel, Sumer est une région de l'antique Mésopotamie (Littéralement la “Terre entre deux fleuves”, que sont le Tigre et l’Euphrate). C’est dans les brillantes Cités Etats de cette partie du monde, il y a plus de cinq mille trois cents ans, qu’ont été jetées les fondations de notre monde moderne : les constructions monumentales (bien avant les Egyptiens), les échanges commerciaux, la roue, le premier grand panthéon divin, l’astronomie, la division sexagésimale du temps et du cercle (60 minutes dans une heure, 24 heures dans une journée, 360 degrés dans un cercle), la semaine de 7 jour, etc… et surtout l’écriture !

De simples signes gravés avec la pointe d'un roseau sur des tablettes d'argile humides qui sont ensuite séchées au soleil ou cuites au four. Ces signes sont en forme de coins d'où le qualificatif de cunéiforme donné à cette écriture. C’est grâce à cette invention révolutionnaire que l’on connait aujourd’hui le mode de vie de ces lointains ancêtres, mais également la légende épique du roi Gilgamesh, le plus ancien héros connu de l’histoire humaine. De récents travaux rapprochent l’épopée de Gilgamesh des douze travaux d’Hercule, la légende sumérienne étant quand même antérieure de près de deux millénaires à l’Empire romain.

Les plus anciens textes bibliques se construiront eux-mêmes deux mille ans après l’apparition de l’écriture, durant la déportation à Babylone des Hébreux, par copie des anciens mythes sumériens. La légende du Déluge est l’une de ces allégories fondatrices empruntées aux sagas sumériennes et en particulier à la plus célèbre d’entre elles, l’Épopée de Gilgamesh : on rencontre dans cette œuvre célèbre un certain Ziusudra, prince de la ville de Shuruppak, réputé avoir sauvé l’humanité du Déluge et dont les Hébreux se sont largement inspiré pour camper leur patriarche Noé.

Nombre des traditions de cette ancienne civilisation survivent indirectement au travers de nos coutumes actuelles. La tradition du Nouvel An est l’une d’elles. Cette fête a lieu à l’époque sumérienne au printemps (en avril), précédée par la cérémonie du Mariage sacré, au cours de laquelle un représentant du dieu-roi Dumuzi épousait charnellement la déesse de l’amour Inanna. Cette fête de la fertilité et de la renaissance de la nature était destinée à assurer de bonnes récoltes au cours du mois suivant, mais aussi santé et prospérité durant l'année à venir. Cette fête de la résurrection de la vie animale et végétale sera reprise ensuite par la quasi-totalité des traditions et des religions d’Europe et du Moyen Orient (les chrétiens, par exemple, feront coïncider le retour de leur prophète parmi les vivants avec toutes les vieilles fête de la résurrection alors en usage dans l’Ancien Monde).